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© Patinet Thierri

 
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Qui était Julien Valti (extrait) PDF Imprimer Email
Écrit par Patinet Thierri   
Vendredi 30 Décembre 2005 à 18:40
Extrait de " Qui était Julien Valti ?".


Helena VaIti : Veuve de Julien Valti, vingt sept ans, femme charmante de grande culture, sans profession, très abattue par la mort de son mari.

Q - Madame Valti, parlez-moi de votre mari, et tout d’abord de la façon dont vous l’avez connu.

R - ... Vous parlez de Julien, c’est comme le voir renaître à mes côtés, c’est voir venir à moi un garçon brillant et cultivé, c’est aussi sentir en sa présence un flux de paix et d’harmonie, mais surtout de raison, baigner l’atmosphère, ce qui en notre monde actuel n’est pas commun... Je me souviens de notre première rencontre comme si elle avait eu lieu hier... Il faisait froid à New York, l’hiver était tombé d’un seul coup, les rues étaient vide sauf d’un cortège dont les personnages manifestaient pour la paix au Vietnam. Bob, mon cousin, regardait avec mépris cette foule bigarrée qui n’avait pas compris que le combat qui se menait là bas, s’il était perdu, risquait de se voir naître en notre propre pays. Il était volontaire pour partir et je dois avouer que j’avais peur pour lui. Il a d’ailleurs été tué là bas... Toujours regardant ces manifestants, il me dit qu’il connaissait un groupe qui se battait pour la Paix, la vraie Paix, celle qui tairait la domesticité, et il décida de m’emmener écouter l’une de leur conférence. Il me précisa qu’il connaissait l’animateur et qu’il me le présenterait... Je lui proposais d’y aller tout de suite, nous n’avions rien à faire de particulier. En marchant, je lui posais multiple questions sur ce groupe et sur son animateur, Bob ne me répondais pas, qu’allais je trouver ? un barbu hirsute, un politicien, un hippie gentil qui ne parlerait que de paix en déclamant, un bonhomme nerveux et instable ? ... Rien de tout cela...
Lorsque Bob frappa à la porte de la salle où se réunissait ce groupe, elle s’ouvrit lentement, et alors il apparut... Ce fut comme si rien ne devait plus exister... Nous passâmes le restant de la journée avec celui qui m’avait dit se prénommer Julien, et au fil des heures l’enchantement progressait... Et cet enchantement était réciproque, ce qui me ravissait. Bob s’amusa de cette réciprocité qui déjà nous liait comme un voile et qui l’effaçait de nos regards... Je me souviendrais toujours du ton plaisantin qu’il employa pour nous ranimer, il dit en prenant l’accent Italien : « Italie, que ne nous as tu envoyé plus vite ton plus charmant prince pour conquérir la belle Helena ! ... » Ces souvenirs sont les plus beaux que je puisse garder de ma vie de jeune fille.

Q - Votre mari faisait parti d’une organisation pacifiste, laquelle?

R - A la vérité l’organisation à laquelle il appartenait était comme il me l’a appris plus tard alors qu’il était sur le point d’être extradé, la sienne.

Q - La sienne ?

R - Oui, et c’était tout en son honneur ! Julien était ainsi, il n’aimait pas se présenter comme auteur, il ne voulait pas devenir un symbole, et c’est pour cela qu’il se disait élément de son organisation. Il ne pouvait souffrir les flatteries et pour les éviter il s’intégrait aux éléments ce qui d’un point de vue purement formel était une force, car comme cela, il pouvait constater le degré de pureté des éléments.

Q - Comment avait il monté cette organisation, avec quels moyens ?

R - ... Je n’en ai pas la moindre idée, Julien n’était pas un expansif, les questions que je lui posais sur son arrivée aux Etats Unis, sur sa vie avant notre rencontre, sur ses actes, sont plus où moins restées sans réponse véritable. C’était un être secret et puis il m’avait dit qu’avec moi sa vie prenait une nouvelle tournure et qu’il ne voulait pas mêler le passé avec le présent. Ce n’est que grâce à ses parents et son frère que j’ai pu connaître le Julien d’avant, mais encore faut il le dire, cette connaissance n’était qu’approximative … En fait Julien était humble, il n’aurait jamais accepté de mêler sa vie privée avec sa vie active, pour lui, l’Amour que nous vivions devait rester sur un plan strictement intime.

Q - En dehors de ces activités, Julien travaillait il ?

R - Julien travaillait effectivement dans une entreprise d’importation de produits pharmaceutiques, en plus, ll faisait des traductions pour l’éditeur qui devait devenir le sien.

Q - Votre mari, avait il des relations en dehors de Bob ?

R - Il m’est difficile de vous répondre, car à cette époque, notre idylle venait juste de commencer, toutefois je sais qu’il devait rencontrer un certain nombre de personne de tout milieu car il n’était pas toujours libre... Dans certaines conversations téléphoniques, il prononçait souvent le nom de Piers Atley. Aux questions que je lui posais sur ce personnage, il me répondait invariablement que c’était un homme remarquable qui l’avait beaucoup aidé lors de son arrivée aux Etats Unis, mais c’était tout.

Q - Comment Julien a t’il fait connaissance de vos parents ?

R - Le plus simplement du monde... Bob était un bavard incorrigible, tout le monde a très rapidement su que je sortais avec un garçon qui se prénommait Julien. Ma mère voulut le connaître, mon père était réticent, lui qui pourtant allait devenir son plus fidèle admirateur, elle organisa une garden party et c’est à cette fête que Julien connu mes parents. Je dois vous dire que je ne craignais rien car je savais qui était Julien et je ne fus pas surprise de l’amour que tout de suite mes parents lui portèrent. Pour Julien ce fut aussi le coup de foudre... A partir de ce jour, la vie changea. Julien vint manger à la maison, resta tard le soir, discuta sans se lasser avec mon père improvisant jusqu’à la perfection les thèmes de sa campagne pour la Paix qui le préoccupaient de plus en plus. Les jours coulaient paisiblement lorsque nous apprîmes la mort de Bob…Il avait sauté sur une mine à Dan Hang... Sous le visage de marbre de Julien se lisait la colère... Il disparut pendant une semaine... Lorsqu’il revînt, il avait un sourire sur ses lèvres. Le lendemain dans le New York times paraissait un article cosigné par Piers Atley et Julien Valti. Il était foudroyant. Il reprochait au gouvernement des Etats Unis de s’enliser dans une guerre qu’il ne voulait pas gagner, il désignait les coupables, les trusts dont les impératifs au niveau de l’économie mondiale ne pouvaient cadrer avec une victoire pour les Etats Unis sur l’esclavage communiste... Cet article provoqua un scandale que l’on s’empressa de minimiser : l’article ne parut qu’une fois, ce qui veut tout dire... Il faillit être la perte de Julien. Le soir même le F.B.I l’arrêtait. Il resta huit jours avec ces messieurs et ce n’est que grâce à l’influence de mon père qu’il fut libéré et que la mesure d’extradition prise à son encontre fut considérée comme close. Quant à Piers Atley, il avait réussi à s’enfuir au Mexique …

Q - Que s’est il passé ensuite ?

R - Ensuite, et bien Julien, sur les demandes de mon père a calmé un peu ses activités. N’ayant plus d’emploi, il se lança à fond dans les traductions d’ouvrages divers. Par le biais de l’éditeur pour lequel il travaillait il fit la connaissance d’un écrivain, Brown, qui lui permit de faire éditer son livre. En effet, Brown avait fait fléchir les réticences de l’employeur de Julien en arguant que le scandale lui permettrait de faire de l’argent. Cet éditeur, Vanb, tenté, se laissa convaincre. Mal lui en pris car l’ouvrage de Julien n’eut qu’un mince succès. Julien en fut heureux, car les critiques qu’il soulevait lui permettaient de prendre la mesure de l’opinion sur les problèmes touchant à la Paix qu’il espérait, celle où tous les Etres Humains se reconnaîtraient non pas dans un amalgame confus mais dans une identité propre respectueuse des autres identités. Les critiques le traitaient d’utopiste, et cela nous fit bien rire puis nous attrista ce n’étaient plus des Etres qui parlaient mais des esclaves... Enfin vint notre mariage, ce fut un jour fastueux, nos familles étaient réunies et j’eue le bonheur de connaître enfin Julien dans sa totalité grâce aux conversations que nous eûmes, ses parents et moi.

Q - Que vous apprirent ils de plus ?

R - ... La vie que Julien avait mené auprès d’eux, son éveil à l’Humanisme, ses recherches, puis les épisodes de ses multiples actions, ses prises de position, sa soif de justice.

Q - En fûtes vous surprise ?

R - Absolument pas, tout d’abord parce que Julien m’en avait tracé les grandes lignes, toutefois ce que j’appris me permis de mieux cerner sa personnalité, mais il restait tout de même un vide... Pas plus ses parents que moi ne connaissions Julien dans sa totalité, seul son frère en savait plus que nous tous sur la première période de sa vie.
Q - A votre avis, pourquoi Julien aimait il peux parler de cette période ?

R - En fait Julien, comme je vous l’ai expliqué, ne voulait pas d’interférence entre sa vie active et sa vie intime, par ailleurs c’était un Etre secret, secret par réflexion je crois, je m’explique qu’il n’aurait pas aimé dire des choses dénuées de sens, c’est pour cela qu’il attendait qu’en lui-même ces choses deviennent les fruits d’une synthèse totale avant de les dévoiler. Cela pourrait expliquer le fait qu’il ne parlait pratiquement jamais de la première période de sa vie, en effet, lors de cette période, Julien cherchait sa Voie, il était dans le domaine de la passion et non de la raison. Ce temps resta certainement pour lui celui d’un romantisme exacerbé d’éclats mal dirigés en lesquels il ne voulait voir qu’une démarche et non une réalité. En fait, je crois profondément que Julien ne voulait pas parler des erreurs de parcours qu’il avait commis, non pas honte, mais tout simplement afin que ceux qui le côtoyaient ne passent pas par les mêmes épreuves que lui...

Q - parlez-moi de votre mari après votre mariage.

R - ... Et bien après notre mariage, nous sommes partis au Mexique pour notre lune de miel, ce fut un mois de rêve, hôtel, plage, soleil et amour... Lors de notre retour nous passâmes voir Piers Atley. Julien avait besoin de lui parler d’une affaire importante. Comme j’étais fatiguée, j’en profitais pour passer une bonne nuit de sommeil.

Q - Avez vous idée du contenu de cette affaire ?

R - Pas vraiment, je pense qu’ils ont parlé d’Universalité, car Julien à cette époque cherchait des points de liaisons en divers milieu pour mettre en œuvre certaines actions.

Q - Certaines actions ?

R - Oui, Julien me disait souvent qu’il allait falloir commencer à mettre au point certaines actions afin qu’une conscience formelle s’éveille.

Q - Vous a t’il parlé de ces actions qui devaient amener une prise de conscience formelle ?

R - Pas vraiment, mais je crois qu’il préparait une série de conférences dont le but était réveiller l’opinion sur son état de malléabilité.

Q - Comment était Julien à cette époque ?

R - Très fort, tant physiquement que spirituellement, il avait énormément changé en peux de temps, on sentait qu’il préparait quelque chose de puissant sans pouvoir vraiment le définir.

Q - Ensuite vous êtes rentré aux Etats Unis ?

R - Oui. Nous y sommes restés deux mois, puis mon père par l’intermédiaire d’un de ses amis réussi à trouver un poste pour Julien à Vienne, car il voulait absolument retourner en Europe.

Q - Julien voulait retourner en Europe ?

R - Oui, il trouvait qu’aux Etats Unis la vie était trop monotone, mais à la vérité je crois qu’il avait le mal du pays et peut être, et là je suis persuadé de ne pas me tromper, les événements l’ont prouvé, un besoin de reprendre une activité politique, ce qu’il ne pouvait plus se permettre dans notre pays sous peine de se voir extradé pour de bon.

Q - parlez-moi de votre séjour à Vienne.

R - L’Europe m’apparut sous son meilleur jour... Julien avait tout fait pour. Nous fîmes escale dans de multiples capitales : Paris, Londres, Berlin, Oslo, Amsterdam, Madrid, Rome où nous passâmes quelques temps chez ses parents, puis nous nous installâmes à Vienne... Une année de joie coula alors, elle eut un goût de vertige que je n’oublierais jamais. Julien avait un poste important pour lequel il était astreint à de multiples sorties. C’est ainsi que je découvris les plaisirs de la vie nocturne Européenne. Jours merveilleux où le sourire de Julien jamais ne s’effaçait... J’avais l’impression de vivre un rêve et en cela je ne me trompais pas car bientôt la chute de cet empire de félicité arriva …

Q - Comment cela arriva t’il ?

R - Lorsque Julien avait pris son poste, il s’était aperçu avec stupeur que les ouvriers travaillant dans son entreprise le faisaient dans des conditions déplorables au niveau de leur sécurité. Etant en rapport constant avec le directeur, il lui on parla. Ce dernier lui répondit que les normes étaient respectées et qu’il ne voyait pas pourquoi il débloquerait des crédits pour améliorer ce qui aux yeux de la Loi s’avérait normal. Julien n’accepta pas cette réponse et proposa un dossier de réformes afin que les ouvriers puissent travailler convenablement. Son directeur refusa ses arguments et le pria de s’occuper de son travail. Le soir même, Julien me précisait que le temps de l’Action était arrivé. Il avait un air mystérieux que je ne pouvais pénétrer... Cette dernière arriva en effet, foudroyante dans son cycle et révélatrice pour un multiple affadi par les jours et usé par les travaux... Un jour Julien arriva plus tôt que de coutume, il m’annonça comme si cela était normal qu’il était renvoyé de son entreprise, enfin qu’il avait donné sa démission sur les ordres de sa Direction.
Et que nous devions préparer nos valises immédiatement afin de rejoindre Rome au plus tôt... Imaginez ma surprise à cette annonce ! Je lui demandais les raisons de son renvoi, il me parla de son dossier, des tensions qui existaient entre sa direction et lui-même depuis le dépôt de ses propositions, et puis surtout de son engagement politique qu’il ne pouvait retarder.

Q - Vous m’avez parlé d’une action qui allait être foudroyante, quelle fut-elle ?

R - Oui, je m’avance ici dans la vie de Julien en vous parlant de cela, c’est bien plus tard qu’elle éclata, mais déjà elle se dessinait, ce n’est qu’en Italie qu’elle se dévoila.

Q - Revenons à. Vienne, à votre avis quelle fut la véritable raison du renvoi de votre mari ?

R - Je ne saurais le dire exactement, mais je crois qu’elle avait un rapport, outre le dossier, avec l’amitié qu’entretenait Julien avec un certain Strem, Eric Strem. Cet homme que j’ai d’ailleurs rencontré était impénétrable. Julien m’avait dit qu’à une certaine époque, il avait été un dignitaire dans les milieux ouvriers, très écouté et qu’il était toujours respecté mais qu’il ne pouvait plus se prévaloir de son aura car ses idées politiques n’allaient plus dans le sens que voulait donner le gouvernement à l’idéal politique en cours. Je pense qu’il avait été National Socialiste et qu’il l’était toujours, ce qui évidemment explique bien des choses. A la mort de Julien, il fut l’un des premiers à venir me présenter ses condoléances…

Q - Quelle était la pensée de votre mari lors de votre départ pour Rome ?

R - Julien rayonnait... Sa pensée était une force vive et on la sentait prête à servir. Il avait une grande idée depuis son renvoi, celle de monter un journal dans lequel il exprimerait la soif de justice et d’harmonie dont l’Humanité avait le plus grand besoin. C’était magnifique et je dois dire que j’eus du remord en me rappelant avoir pensé un instant aux plaisirs qui s’enfuyaient.

Q - racontez-moi votre vie à Rome, vos occupations …

R - Nous arrivâmes à Rome presque sans argent. nous nous rendîmes chez Paolo qui nous hébergea pendant un mois et nous prêta de quoi vivre car Julien ne voulait absolument pas demander une somme à mes parents en prétextant l’aide déjà énorme qu’ils lui avaient rendu. Ce mois fut d’une tendresse inoubliable. Julien me fît visiter ses coins les plus secrets, ceux où il aimait se réfugier afin de mieux rêver étant enfant... Puis le temps de l’action arriva... Julien repris contact avec beaucoup de ses anciens amis, notamment Richard que j’eu un extrême plaisir à connaître. La grande idée de Julien allait naître grâce à eux. Ces temps sont symboliques d’animations. Julien travaillait énormément. Il recherchait les fonds qui lui permettraient d’éditer son journal, il contactait un multiple afin de droite comme de gauche les rallier à son idée maîtresse. Enfin, lauriers de ces multiples activités, le premier numéro du « Nouveau Monde » parut. Vous décrire l’exaltation dans laquelle nous étions lors de cette parution n’est pas possible tant elle était grande, le soir de la sortie du journal, Julien invita tout le monde qu’il connaissait et j’eu la joie de voir ainsi réunies des personnalités du monde politique, pas toujours du même bord venir féliciter Julien.

Q - parlez-moi du contenu de ce premier numéro.

R - Je dois vous dire que Julien n’avait pas voulu dévoiler entièrement ses idées lors de ce premier numéro. Les articles qui le composaient dénonçaient les principaux fléaux de notre monde, guerre, autarcie des pouvoirs, irrespect de la condition humaine, etc... Julien voulait amener doucement son journal à ses véritables idées, toutes forgées à l’universalisme. Si vous voulez, ce premier numéro devait faire prendre conscience le lecteur des grandes hérésies de notre siècle, lui dévoiler au-delà de la critique la possibilité d’instaurer sur des bases traditionnelles une structure permettant l’éradication de ces maux. En fait Julien voulait introduire l’idée d’Universalité des valeurs dans ce premier numéro. Il n’eut malheureusement pas la chance de pouvoir poursuivre ce but, trois semaines plus tard, le « Nouveau Monde » était interdit !

Q - Comment cela se passa t’il ?

R - Oh, tout simplement... Deux numéros suivirent le premier. Je dois dire que le tirage commençait à augmenter ce qui n’était pas pour me surprendre. Dès lors, était ce une conséquence, le lendemain de la parution du troisième numéro, Julien fut convoqué par un haut fonctionnaire de l’Etat pour se voir interdire la parution d’un quelconque autre numéro du « Nouveau Monde » ... Julien ne voulant pas de scandale accepta. Il m’annonça la nouvelle et je fus très étonné de le voir se laisser faire aussi facilement. J’essayais de le faire revenir sur sa décision, rien n’y fit, alors je compris, il ne souriait plus, il ne parlait plus, il traversait une crise... Trois jours passèrent ainsi, l’angoisse me gagnait, Paolo, qui connaissait bien son frère, me contraignît à l’attente. Il loua un pavillon au bord de la mer et nous attendîmes. Ce qui m’étonna le plus dans cette période c’est que pratiquement aucuns des « amis » de Julien ne vinrent demander de ses nouvelles, seul Richard vint souvent. Enfin je compris : Julien avait été trahi et il ne pouvait supporter cette idée...
Beaucoup plus tard, Julien revint à lui, de nouveau la vie brillait en lui …

Q - Vous croyez que seule la trahison a permis l’effondrement de Julien ?

R - Julien avait mis toute sa foi dans ce travail, c’était son œuvre. Il montrait des signes de fatigue mais rien ne devait l’arrêter. Sa foi le soutenait et le poussait, ainsi que la foi de ses « amis » qui lui disaient croire en lui. Puis, trahi, tout s’envolait, tout se brisait, le rêve était réduit à néant... Le rêve était détruit par ceux qui l’avaient prôné... Oui, sincèrement je crois que c’est cette trahison et seulement cette trahison qui a permis l’effondrement de Julien...

Q - Julien vous a t’il parlé de cette trahison?

R - Julien ne m’en a jamais parlé ouvertement, seul Richard m’a découvert ce fait. Sachant la portée qu’allait avoir son journal, ils l’ont délaissé et attaqué afin de pouvoir préserver leurs idéaux !

Q - expliquez-moi ce fait.

R - Les amis de Julien étaient politisés à outrance et ne partageaient pas toutes ses idées. En effet, Julien dans son programme de lutte voulait abattre les mythes politiques tels ceux de droite et de gauche. Une lutte comme celle ci impliquait la disparition des antagonismes qui aujourd’hui brillent en permanence tant à l’Est qu’à l’Ouest. Cette lutte était dangereuse si elle se révélait au grand jour, car elle démontrerait que droite et gauche se lient pour affaiblir la conscience Humaine en l’empêchant de raisonner.
Si vous voulez tant que cette lutte était marginale, elle permettait d’affaiblir les flancs où de la droite où de la gauche et servait ces deux mouvements... Si Julien avait réussi cette lutte, c’eut été très dangereux pour le pluralisme politique qui ne vit que des passions... De là à trahir Julien devant l’audience de plus en plus grande qu’il avait, afin qu’il ne dévoile pas le mensonge permanent qui se veut directeur de conscience des Humains, il n’y avait qu’un pas pour qui voulait seulement vivre de prédation.

Q - Comment était Julien après sa crise ?

R - Après cette crise, Julien était comme neuf, plus posé dirais je même, empli d’une nouvelle expérience qui avait forgé sa sagesse. De nouveau ses yeux brillaient et je dois dire que j’en fus très heureuse, car un instant j’avais cru que mon mari ne se remettrait pas de cette déconvenue, les plus forts s’abattent si vite parfois... Il se décida à reprendre une activité et trouva une place de sociologue, alors revinrent des jours emplis de tendresse. Julien vivait tranquille et tout aurait pu se poursuivre ainsi si les événements internationaux, l’inflation surtout, n’étaient pas venus perturber l’ordre économique. Pour Julien le temps de l’action était revenu, non plus d’une action philosophique ou contemplative, mais d’une action pragmatique. Les grèves paralysaient le pays, les événements s’y prêtaient, il fallait agir, et Julien agit, et je dois dire que cette soif d’action fut l’une des plus belle de toute sa vie.

Q - Quelle fut-elle ?

R - Julien voulait prouver à la masse des Etres Humains qu’elle se laissait mener tant par les mouvements politiques qu’elle défendait que par les organes syndicaux qui prétendaient la défendre.
Et que sous le couvert d’une lutte acharnée entre ces divers éléments, des liens solides les unissaient. Si vous voulez c’était une application pratique des idées qu’il avait développé dans son journal. Il voulait démontrer que l’ignorance était le moteur de la lutte des classes et que si les ouvriers ne se réveillaient pas, ils seraient de plus en plus asservis... Il le fit en meneur de grève à la barbe des syndicats et du patronat... Julien était dans son élément, sa lutte ouverte fit l’effet d’une bombe. Bien entendu, ce fut de nouveau sa perte, il fut mis à la porte de son entreprise mais cela ne lui fit ni chaud ni froid. Il était heureux, il laissait derrière lui une vérité que rien ne pourrait détruire. Il en était sûr et cette sûreté le faisait rayonner... De nouveau des jours paisibles coulèrent. Nous fîmes des projets. Nous décidâmes de retourner aux Etats Unis et pour avoir un Enfant et pour que Julien puisse enfin s’épanouir librement, car il avait décidé de monter une association afin d’exprimer sa pensée.

Q - Une association ?

R - Oui, une association qui réunirait les Universalistes tout comme lui, car il disait que dans la parcellisation ils n’aboutiraient à rien et ce n’est qu’en se réunissant qu’ils parviendraient à faire aboutir leurs idéaux. C’est pour cela qu’il voulait retourner aux Etats Unis afin de travailler à l’élaboration de cette association on toute tranquillité, car ici, il se sentait surveillé.

Q - Surveillé ?

R - Pas physiquement, je ne pense pas, mais il avait trop fait parler de lui et il disait que s’il essayait de monter quoi que ce soit ici, cela lui serait impossible, tandis qu’aux Etats Unis, pays de la liberté de pensée par excellence, là où les mouvements foisonnent, il lui serait plus facile d’agir.
De plus, je vous l’ai dit, nous voulions un enfant et pour cela, il voulait que la paix règne autour de nous afin qu’il naisse dans l’équilibre et l’harmonie... Puis... Le soir du 22 novembre, alors que nous devions partir bientôt, on me prévint que Julien avait eu un accident et qu’il était mort Pour moi, ce fut comme si la Terre avait cessé de tourner, la vie de vivre, la joie de tourbillonner, le bonheur d’essaimer …

Q - Les rapports de l’enquête effectuée après la mort de votre mari, confirment la thèse de l’accident. Etes vous d’accord avec cette thèse ?

R - Je ne saurais l’affirmer.

Q - croyez-vous que votre mari a été assassiné ?

R - Julien en tout état de cause ne semble pas être mort de mort naturelle, il ne buvait pas, il a été retrouvé imbibé d’alcool!

Q - Votre mari avait il des ennemis ?

R - Julien n’avait pas d’ennemis à proprement parler. Certes il a souvent été abandonné pour ses idées mais jamais ceux qui se séparaient de lui ne lui en voulaient au point de le voir supprimer. D’ailleurs ils revenaient toujours vers Julien car ce dernier savait préserver l’amitié. C’est ainsi que ses plus durs ennemis au point de vue politique étaient ses meilleurs amis dans le privé. Je pourrai citer Richard par exemple qui en est vraiment le symbole.

Q - croyez-vous que votre mari se soit suicidé ?

R - Ce n’était pas dans sa nature.

Q - Pourriez vous me définir ce que Julien aurait pu devenir ?

R - Julien a été je crois le symbole d’une lutte humaine. J’irai plus loin, je crois qu’il définissait l’humain véritable, il faisait parti de cette classe humaniste qui aujourd’hui élève la vérité au-delà des partis pris. A l’aube de sa mort, il avait franchi les étapes de la connaissance et s’apprêtait à faire naître l’idéal Universaliste dans toute sa force dans les consciences. Dans l’intimité, Julien était l’amour personnifié, il ne haïssait personne, il comprenait et il se servait de cette compréhension pour tenter d’améliorer tant les gens qui vivaient autour de lui que ceux qu’il ne connaissait pas. Définir ce qu’il aurait pu devenir, c’est chercher à définir l’infini ou l’absolu, l’infini dans l’action qu’il allait entreprendre, l’absolu dans la réalisation de cette dernière... Mais là, c’est dépasser le stade de la connaissance, car Julien ne parlait pas ou peux de ses projets, en fait il n’aurait pu devenir que ce qu’il était lui-même, une force de vie, un cristallisateur de cette force de vie.

Q - Julien était il dangereux ?

R - Non, il ne pouvait être dangereux pour le multiple car il lui apportait le principe même de sa régénération... Peut être l’était il aux yeux de certains qui vivent de l’abrutissement des masses humaines, mais je ne le pense pas, car finalement il n’était pas assez connu...

Q - La pensée de Julien vous paraît elle on avance sur son temps ?

R - Peut être que oui, peut être que non, aujourd’hui les valeurs définies par ces trois ou quatre derniers siècles s’écroulent, les jeunes recherchent dans les traditions les valeurs qui leurs permettront de faire naître une société stable et harmonieuse.

Q - Idéal de votre mari ?

R - Entre autre …

Q - Vous m’avez dit que votre mari allait créer une association de type Universaliste, ne croyez-vous pas qu’en cela il pouvait devenir un maître à penser pour cette génération qui cherche sa voie et qui pour l’instant rejoint certaines idées de Julien ?

R - Cela n’est pas improbable.

Q - Considérant cela, Julien pouvait s’avérer dangereux …

R - Effectivement …

Q - A votre avis, quel événement de la Vie de Julien aurait pu, en admettant qu’il ait été assassiné, motiver cette mort violente?

R - Si Julien a été assassiné, je pense que c’est à cause des conférences qu’il préparait …

Q - Pourriez vous nous fournir les textes de ces conférences ?

R - Elles ne vous apporteraient rien, car elles sont très générales et ne citent que peux de noms, et puis, elles sont retranscrites dans son journal intime, non, je ne pense pas que ces textes puissent vous apporter grand chose.

Q - Quel est leur contenu ?

R - Elles sont explosives, elles reprennent les thèmes qu’il avait développé lors de ses prises de position publique en les accentuant, toutefois je vous le répète, elles sont d’ordre général, le principal étant en mémoire.

Q - Alors pourquoi les conférences ?

R - Julien s’apprêtait une fois son association créée à les publier, il est bien évident que les mises en cause qu’elles impliquaient ne pouvaient laisser insensible une partie de l’opinion.

Q - Qui aurait eu connaissance de ces conférences ?

R - Tous les gens qui avaient côtoyé Julien avaient eu vent de ce projet, et puis, un des numéros du « Nouveau Monde » avait anticipé sur leurs sujets, de fait ce projet n’avait rien de secret.

Q - Pourriez vous me prêter le journal de Julien ?

R - Non... Comme je vous l’ai dit, ce journal est trop intime et par respect pour la mémoire de Julien, je ne vous le prêterai pas, comprenez-moi, il est le dernier lien vivant qui me reste de Julien et …

Q - Je vous comprends, pardonnez-moi. Une dernière question si Julien avait vécu, croyez-vous qu’il aurait réussi à faire passer ses idées dans le grand public ?

R - Oui, je le pense, d’ailleurs il était trop vivant pour ne pas y parvenir, et rien n’aurait pu l’arrêter …


 

Ecrins :

©Patinet Thierri .

ISBN 2-87782-004-1 ISBN 2-87782-104-8

Dernière Mise à jour ( Lundi 01 Janvier 2007 à 09:39 )