Welcome ! Bienvenue ! New World Organization ®
Home
AU FIL DU TEMPS
DES ARTS
DEBATS
DEVENIR
ALL TEXTS
Documents
LIVRES REFERANTS
LIRE
LIVRES
UNIVERSALITY THEORY
HARMONIA UNIVERSUM
BOUTIQUE
Wrapper
Liens
Flux RSS
Contact
PARTICIPATION
Recherche
FOCUS SUR L'AUTEUR
Latest News
Search
Other Menu
Administrator

© Patinet Thierri

 
Home arrow DES ARTS arrow LITTERATURE arrow LITTERATURE arrow Chapitre III ( extrait)...
Chapitre III ( extrait)... PDF Imprimer Email
Écrit par Patinet Thierri   
Vendredi 30 Décembre 2005 à 18:46
Chapitre III ( extrait)...



Madame Lambert écrivait, les mots dansaient devant ses yeux. Elle s’arrêta, chercha ses pilules dans un des tiroirs de son vaste bureau, en pris deux, puis attendit un instant.

Déjà tout allait mieux, les choses devenaient plus nettes, les mots ne dansaient plus. La vieille femme, détendue, soupira.

La lettre qu’elle écrivait n’avait pas l’importance qu’elle lui donnait, elle le savait, mais qu’importait, au laisser aller, elle préférait le travail, quel qu’il fût.

Femme de lettre avant tout, elle n’avait pu s’accommoder de la paresse qu’elle aurait pu s’octroyer à la mort de son mari. Ce dernier, homme “dieu”, comme le nommaient ses confrères, avait été un des fer de lance du théâtre d’avant garde, celui dont on ne parle pas sans respect. Elle le regrettait. Les pages des livres qu’elle écrivait étaient épris de l’absent, de son essence, de sa virtuosité. Il lui avait tout amené : l’amour et le goût de la vie, vie qu’autrefois elle craignait, lorsque étudiante, elle s’enfermait dans sa chambre de sixième étage pour confier à ses pages blanches ses angoisses et ses inquiétudes.

Le succès littéraire était venu très tard, elle ne l’en avait que mieux estimé. Lus par tout le monde, ses livres apportèrent leurs fruits, soit un immense pécule. L’argent ainsi gagné allait aux autres, car pour elle-même, elle n’en avait que très peu besoin, allait donc aux mal aimés de la littérature, ces poètes décharnés que l’on rencontre au hasard des rues, ces jeunes gens épris d’amour et de justice qui se cassent les dents devant les fléaux de notre civilisation : les moyens financiers. Elle qui avait connu cette tourmente infinie, ce manque que l’on vous obligeait à avoir afin de faire paraître une oeuvre, d’être lu, de vivre dans la pensée d’autrui, ne voulait pas que cela continu, et c’est pour cela qu’elle avait ouvert un salon.

Il était au public trois fois par semaine, venait qui voulait. Madame Lambert en ce lieu avait découvert les traits du génie sous des regards blêmes que la faim déchirait : jeunes gens que l’on ne jouait pas sortant ce dû à leur mise ainsi qu’à leur tourment qui les poussait à se vendre pour le satisfaire, soit écrire ! elle en avait découvert d’autres, ceux là fiers, travaillant le jour à leur survie, la nuit à leur bonheur, écrire, toujours écrire ! et bien d’autres encore !

Les jeunes élus qu’elle triait sur le volet d’après leurs écrits étaient présentés aux hommes arrivés, éditeurs en tout genre, car nul critère ne retenait Madame Lambert sinon celui de la force d’expression du jeune écrivain. Le salon devenait ainsi lieu de lecture, de confrontation directe entre l’auteur et l’éditeur, match si l’on peut dire, où le vainqueur recevait palme ou bien encouragement. C‘est ainsi que parfois, Madame Lambert, avait la bonne surprise de voir un de ses jeunes protégés passer de l’inconnu au connu le plus parfait, victoire dont elle se félicitait en secret, non comme une vengeance personnelle envers le monde austère de l’édition, mais envers le peu de discernement dont il fait preuve parfois, ce dû aux critères du commerce.

Ainsi passaient les jours et les mois au creux de cette vaste maison où sans cesse l’on recevait, Aujourd’hui était un jour de repos, et Madame Lambert en profitait pour renouer avec la fertilité des mots, non pour un roman, mais pour une correspondance qu’elle entretenait avec de nombreuses amies.

Les lettres se remirent à danser devant ses yeux. Elle regarda son visage dans la glace et ne fut pas surprise d’y découvrir une plastique dévorée par la maladie, maladie inguérissable.

Intraitable avec son médecin, elle lui avait fait avouer sa condamnation. En femme de bon sens, elle n’en avait jamais parlé à quiconque, encore moins à Dominique. A quoi bon faire souffrir les Etres qui vous sont chers lorsque l’on souffre déjà pour eux plus qu’ils ne le pourraient eux-mêmes pour vous ?

Elle se regardait et souriait, souriait à sa vie qu’elle donnait pour accomplie. Bien sûr, elle aurait aimé faire bien des choses encore, mais lorsque le destin frappe à la porte, en bon philosophe, il faut savoir l’accepter. Elle repris sa plume, les mots s’inscrivaient sur la feuille, fermes, sans ratures, forces d’âme.

On frappait à la porte, elle s’interrompit.

- Entrez !

Nadine, la jeune femme de chambre se présenta, avança jusqu’au bureau, puis d’une voix douce déclara « Madame, je m’excuse de vous déranger, mais il y a Monsieur Henri qui demande à vous voir, il est en bas. »

- Monsieur Henri ?

- Oui, il est dans le salon, il vous attend.

- Comment va t’il ce cher beau-frère, toujours nerveux ? demanda Madame Lambert, amusée par cette arrivée inattendue.

- Non Madame, il est très calme, mondain même, si je peux me permettre.

- Ah ! Très bien ! Dites-lui d’attendre quelques instants, j’arrive...

Nadine sortie, Madame Lambert repris sa plume, s’arrêta, puis se mit à rêver, redécouvrant avec tristesse cet inquiétant personnage qu’était Henri. Il était le frère de son mari, et sans contexte, son paradoxe le plus absolu. Autant Jean-Pierre était aimable et charmant, autant Henri était fourbe et méchant. Le seul avantage de sa personne était celui de l’argent. L’avarice putride dont il faisait preuve l’avait nanti de beaucoup de biens, mais démuni de tous sentiments. A la mort de Jean-Pierre, il avait été nommé tuteur de Dominique, tâche qu’il n’avait jamais rempli. Les seules visites qu’il avait faites au profit de l’enfant étaient celles qui concernaient son argent, car il gérait son patrimoine, trois en douze ans!

La dernière remontait au mois dernier, visite pendant laquelle il s’était fâché avec Madame Lambert, à cause de la conduite de Dominique, sa vocation et ses « perditions » comme il les nommait avec dégoût. Il était sur l’heure reparti, laissant là ses médisances et son insolence. Brusquement, il reparaissait.

L’inquiétude gagna Madame Lambert. Elle rangea ses papiers, puis sans plus attendre, rejoignit le salon,

Il était là, assis dans le grand fauteuil qu’elle préférait, le rouge, d’où elle dirigeait les discussions lors des soirées. Dès son entrée, il se leva, pris sa main, la lui baisa humblement en la priant de s’asseoir. L’inquiétude devint plus forte. Là n’était pas dans les manières de faire de cet homme, d’habitude un rapide bonjour, manque de tact complet, suffisait à annoncer son propos.

Il devait avoir des choses importantes à lui dire pour prendre tant de précaution à son égard. Madame Lambert se repris en voyant se dessiner un sourire mesquin sur les lèvres de son beau-frère, elle le questionna « Alors, mon cher Henri, qu’est ce donc qui vous ramène en ces lieux ? D’habitude, vous vous faites plutôt attendre ! Auriez vous décidé de faire oeuvre de complaisance par hasard? »

Henri ne répondit pas tout de suite. Il s’assit, alluma une cigarette, puis parla d’une voix rude : « Ma chère Irène, si je suis venu aujourd’hui, ce n’est pas pour le plaisir, vous devez-vous en douter ! Mes affaires me tiennent trop à coeur. Non ! C’est pour vous parler de choses que je juge très importante, et qui dans le temps ne sauraient attendre ! Bien sûr, je pourrai détourner le sujet, mais aujourd’hui, je serais très franc, il le faut ! »

L’interrompant d’un signe de la main, Madame Lambert ayant perdu son sourire, le questionna, agressive « Quelles sont donc ces choses si importantes que vous avez à me dire, pour que vous vous décidiez à ne pas mentir aujourd’hui ? ».

L’homme encaissa le coup, maladroitement car ses yeux changèrent de couleur, du tac au tac, il répondit : « Je suis venu aujourd’hui pour vous parler de votre fils Dominique, pour lequel j’ai fait de grands projets ! ».

- Ecoutez ! Laissez Dominique tranquille ! L’interrompit à nouveau Madame Lambert, fortement éprouvée.

- Je suis venu pour lui, alors ne m’interrompez pas, je vous le demande !

- De quel droit ? dit elle en blêmissant.

- Du droit de Tuteur, ma chère, l’auriez vous oublié ?

Madame Lambert baissa les yeux. Elle le savait en droit de s’ingérer dans la vie de son fils, droit injuste, mais droit tout de même. Elle crispa les mains puis attendit. Il reprit : « Comme vous le savez, je possède plusieurs entreprises en Italie. Elles me rapportent énormément d’argent. Etant célibataire, et ne voulant laisser mes sources de bénéfices aux mains d’incapables, j’ai décidé de léguer à ma mort, tous mes biens à votre fils. Il a fait des études poussées, cela lui permettra de prendre ma suite sans problème. Qu’en pensez vous ? ».

Madame Lambert était stupéfaite : cet homme, fier d’avarice, léguait son bien à Dominique, sans autre vouloir que le sien, c’était trop beau ! L’inquiétude se fit plus forte en son esprit, elle commençait à comprendre, elle le questionna « Tout cela est parfait, mon cher Henri, mais je pense qu’il vous faut des contreparties pour un aussi beau projet, n’est ce pas ? ».

Henri souriait, Irène de même, Le silence s’installa, puis Henri répondit « Ce que je vais vous demander en contrepartie, ma chère Irène, va être très pénible, pour vous comme pour moi, bien que je sache par avance que vous vous doutiez de ce que je vais vous demander, juste contrepartie de mon offre, voilà : Dominique doit repartir avec moi ! ».



L'Interdit :

© Patinet Thierri .

ISBN 2-87782-014-9 ISBN 2-87782-114-5

Dernière Mise à jour ( Lundi 01 Janvier 2007 à 09:37 )