III MISÉRICORDE

Des heures du passant, alors que nous marchions dans l’architecture couronnée de notre Ordre, un vent mauvais nous signalait les hordes sans nom qui voulaient nous atteindre et nous détruire de notre sort, des troupes aguerries, de formidables guerriers dont nous avions déjà connu la lame, dans ces combats d’hier, que nous croyions pour un temps disparu tant la trêve perdurait dans ces semis d’oliviers où nous avions renouvelé l’amour du Christ. Le firmament disparaissait derrière la brume et leurs chevaux légers se propageaient pour nous encercler, nous les laissions venir, trempés dans l’acier et la Foi, le regard franc devant leur agressivité forcenée. Déjà la bourrasque des flèches de leurs archers pleuvait drue sur nos troupes enserrées, et déjà la mort parlait, de l’ami d’hier, du méconnu, du frère, dans la tourmente gréée qui maintenant se propageait sans limite. Il nous fallait vaincre où mourir. Lors arguant de nos destriers nous nous élançâmes dans la mêlée.

Et la bravoure fut, et la force fut, et ces deux raisons des armes dans le cœur vaillant et intrépide de nos troupes fulgurèrent le destin de cet impitoyable combat, voyant les guerriers farouches fuir devant nos assauts intrépides, laissant derrière eux blessés et morts, et d’autres encore hébétés par la terreur et la peur accouplés, incapables de combattre, les yeux rivés vers l’infortune et le désespoir. Nous les ramenâmes dans l’enceinte de notre fort, et là calmés des ardeurs des combats, prirent position sur leur sort, qui ne pouvait être celui du commun, car en leur bravoure justification d’une clémence qui n’était ordonnée par la colère, la haine, ces précurseurs de la bêtise affiliée à l’ignorance. Ici se tient le lieu et là le second degré de notre Chant.

Bien des êtres de ce temps auraient donné pour conclusion la mort à ces êtres prisonniers de leurs méfaits. Bien des êtres, sans se soucier de leur respire, de leur conscience, de leur clarté individuelle, bien souvent dans l’ombre des passions, n’auraient eu d’autres ambition que de les voir se balancer au bout de la corde des gibets et des potences. Et qu’auriez vous fait ? Je vous le dis, si vous n’aviez déjà en vous la Charité pour écrin, vous les auriez vous-mêmes condamné à cette mort qu’ils cherchaient à donner, sans comprendre un seul instant que ce que vous alliez rendre à Dieu, était de votre espèce, de votre chair, de votre famille Humaine, de ce chant de la Vie qui se propage et parfois s’illumine, et parfois s’endeuille, toujours se déclare au soleil levant comme au soleil couchant. Oui, vous auriez commis ce sacrilège qui est celui de voir son ennemi détruit devant vos yeux. Et l’auriez vous convaincu de votre Foi éternelle en commettant ainsi ?

Non, bien entendu, nul d’entre ceux que vous auriez conduit à la mort ne se serait interrogé sur la pureté de votre Foi, sur l’allégresse et la joie qu’elle porte, sur cette ramure indescriptible qui voit chaque Humain prédestiné à l’Humain et par delà la temporalité à la Vie fantastique et magnifiée, nul et chacun d’entre eux n’aurait eu à votre égard au moment de sa disparition physique que haine à votre égard. Et maintenant, en Charité, qu’inscririez vous pour ces Etres vivants devant vous, ces Etres qui sont nés, ont été des enfants souriants, ont été des adolescents pleins de vivacité, et maintenant des hommes de plénitude ? Qu’inscririez vous dans le marbre de la devise éternelle sinon que cette motivation profonde née de l’Etre allant vers l’Etre, bien plus puissante que la Charité ? Tout simplement la Miséricorde !

Pilier mémoriel de tout ce qui transcende l’univers dans son accomplissement comme dans sa désinence, la Miséricorde est le fer de lance de toute viduité, Miséricorde pour la Vie, miséricorde pour tous les Etres Vivants, miséricorde pour l’oiseau, pour le loup, pour l’agneau, Miséricorde à l’encan pour tous les Humains, nos sœurs et nos frères en volonté de Dieu, Miséricorde toujours renouvelée dans le feu de l’action et dans la pure contemplation qui prédestine toutes actions, Miséricorde pour toutes faces de la Vie en la Vie et par la Vie, dans cette étreinte voyant passant l’heure de l’écume, là en ce lieu interstitiel entre ce que nous nommons la Vie et la Mort, pour rendre à la Vie sa Lumière et son éblouissant langage, celui de la détermination vitale et arborée !

Ainsi dans le signe qui convient, je viens de vous rendre profane l’action souveraine qui ne se méprise, qui ne se targue ni ne se fête, une action juste et salvatrice déployant ses oriflammes par toutes vagues des Océans, cette particularité de l’Humain de faire en sorte que la Vie ne se quitte dans le tumulte et la dénaturation, que la Vie au regard de la Vie toujours donne la Vie et jamais ne se lasse, car chaque particule de son Chant est d’une nécessité absolue au front de la transcendance qui se perpétue en ses volitions, ses ordonnances, ses conjonctions, ses œuvres et ses respires, des plus humbles comme aux plus sacrés, des plus nobles comme aux plus belliqueux, dans le témoignage des facettes de ce cristal ultime qui apparaît dans l’onde souveraine et la clarté de ce monde où chacun de nous est présent et signifiant, où chacun de nous est prestige et luminosité.

Miséricorde, et notre cri de grâce était là devant ces Etres ayant embrassé une foi de soumission, leur révélant notre pure intention, leur dessinant la vision claire et établie qu’il n’existait en nous ni haine, ni désir, ni de ces sensations évertuées par le dur combat et l’épreuve de ce combat voyant ramenés alentour nos morts et nos blessés, et leurs blessés aussi pour leur donner ce soin que chacun se doit de donner à l’autre dans l’épreuve, dans cette terrible épreuve des armes qui ne devrait exister dans la parure de ce monde si ce monde n’avait été justement conçu pour nous mettre à l’épreuve de cette parure manichéiste qui parodie le sens de la vie, où le sens des idées conflue vers la négation des autres idées dans la croyance souveraine d’accroire qu’il fonde l’avenir alors que chacune en ses souffles qu’ils soient positif ou négatif ou dévié dans un sens ou dans l’autre, rejoint la citadelle qui se doit de naître et de prospérer.

Miséricorde donc, voyant ces Etres renaissant en nos actes et nos prouesses, les uns les autres se réclamant, les uns les autres voyant avec respect le dessein de leur vie se poursuivre sans l’acrimonie de la servitude et encore moins de leur disparition, stance s’il en fut de plus belle à voir dans leurs faciès redorés par un ineffable sourire qui initiait ce remerciement naturel du combattant pour le combattant, mais bien au-delà de l’Humain pour l’Humain, qui dans son aristocrate grandeur compose l’avenir, sans s’écarter de la Voie Humaine la plus nécessaire et la plus sacrée. Et nos propres sourires devant cette joie à peine dissimulée, notre propre joie devant ces Etres délivrés du fardeau de la désespérance et ses fléaux. Ivoire de certains les larmes et le couronnement devant la mansuétude de notre Ordre qui jamais ne faillit dans ces instants terribles où la Vie œuvre et ordonne.

Ainsi la miséricorde qui ne s’entend uniquement sur le respire de ce que pouvez vivre frontalement mais bien entendu sur tout ce qui est Vie et mesure de la Vie par le couronnement du sacre des Vivants en ce lieu de la Terre, en ce lieu de votre enfance, en ces Pays qui vous sont racines, et ces multiples Pays dans lesquels la souffrance s’inflige par des êtres sans renom, des fois dévoyées, des rites sans lendemains, gloses des âges des ténèbres qui font supporter aux Etres Humains la panoplie des guerres et des outrages, de ces vastes déliquescences qui sont les brumes des stances du développement de la Vie, qui sont les défauts des pierres d’œuvres abruptes et sans avenir qui faillissent dans la mission du vivant.

Car ne vous y trompez ils sont sur les cordes raides de ce qui est informe et forme, à peine sortis du néant que déjà voulant revenir au néant, dans de vastes démesures qui sont l’image même de ce gouffre amer qui forge la minéralité et ses dantesques écumes, pierres du servage, pierres de l’atrophie, pierres en ruptures qui semblent briller mais qui ne sont que pauvres cristaux amers et voilés qui sont les parures de toute monstruosité et de toute barbarie, affines dénatures dont vous rencontrerez jusqu’en ces lieux de pouvoir les injures et les flatteries, de basses courtisaneries qui infectent les pouvoirs pour mieux les réduire à leur dominante scorie, qu’il convient ici même de comprendre en la pure Miséricorde qui nous tien lieu car mesure de leur déclin, dans la compréhension de leur dessein mis à nu dans le fleuve éclatant de la Vie qui progresse comme un fleuve souverain parmi les rives de ce temps et de cet espace où nous sommes tous liés les uns aux autres.

Miséricorde donc, deuxième pilier de votre évanescence, Miséricorde pour chacun d’entre nous et pour tous les Etres Humains qu’ils soient de la Lumière la transcendance, qu’ils soient de la noirceur les récepteurs, Miséricorde pour démonstration du chemin à naître par delà les scories, les failles, les oublis, les sempiternelles atrophies qui s’applaudissent, les nanismes quels qu’ils soient, les impostures, les méprises, les querelles, les écheveaux de l’infidélité au sacre de l’Humain, Miséricorde par toutes voix dans la Voie sereine qu’il convient de déployer dans l’affirmation de la Croix qui nous prédestine, nous uni et nous relie à l’Eternité, des cieux, des terres, des vents, des eaux, éclairs du mystère de l’Etre debout au milieu des puissances les plus chimériques comme les plus transcendantes, toujours en veille, combattant de la Vie pour la Vie et par la Vie, en la Vie salvatrice et désirable.

Et ici comprendrez vous qu’il n’est de miroir ni même de falaise pour cacher la témérité de nos odes, qu’il n’est de brouillard pour masquer notre volonté, qu’il n’est de désert profond où nous perdre, car nous sommes porteurs de cette vitalité naturelle qui élève et non n’affaiblie, car nous sommes vivants de la Vie elle-même dans son élan supérieur et sa randonnée souveraine, car nous sommes Guerriers de la Vie, son étendard comme son oriflamme, et rien ni personne ne pourra taire notre destin qui est celui non de la complaisance, non du parjure, non de la forfaiture, non de ces brisants qui font et défont les pouvoirs larvaires qui s’imaginent le pouvoir, et ne nous connaîtrions nous point qu’en ce degré de la Miséricorde, déjà nous nous reconnaîtrions quelque soit le lieu, quelque soit l’espace.

Ainsi vous faut-il comprendre ce sens de l’éblouissement pour entrer dans ce jeu de la raison qui veille, dans cette force fabuleuse qui est le cristal souverain de chacun et que chacun doit éveiller pour en apprécier la gloire infinie, ces degrés de compassions, ses degrés de conjonctions qui mènent tout un chacun vers la prospérité de ses états, dans ses capacités les plus profondes dont les complémentarités nous sont fastes et demeure, dont les harmonies nous sont splendeurs et majestés, dans l’autorité comme dans la fécondité de l’autorité, dans cette vaste propension à Etre que l’Etre enfin initié déploie comme l’étoile le firmament de ses ondes pour réchauffer le cœur des planètes, ici le cœur des Etres Humains, nos sœurs et nos frères en Dieu que nul ne peut conduire à l’affliction, que nul ne peut conduire à la mort, que nul ne peut chercher à soumettre, sans rencontrer sur son chemin, notre Foi, notre Joie, notre Demeure étincelante et foudroyante.

Ordre de la Charité et plus encore de la Miséricorde ou vous, impétrants, cherchez non un refuge mais une Eternité, vous faut-il bien le comprendre, car si vous ne le comprenez, il n’est de notre lieu votre renaissance, sinon qu’en l’accomplissement miséricordieux de notre désinence qui vous éveillera vers ces autres Ordres qui par complémentarité destinent le Chant de l’accomplissement. Ordres en fastes dans l’enchantement des cohortes des pèlerins qui vont et viennent la sacralisation de ce souvenir aigu de la charnelle innocence, du Christ la souffrance, du Christ l’immortelle destinée, les uns les autres Hospitaliers, les uns les autres Teutoniques, les uns les autres de Malte l’enseignement, les uns les autres de confréries les plus vastes et les plus itinérantes, toujours sous le regard de notre veille tutélaire dans l’embrasement de leurs conquérantes fortunes et infortunes.

En ce sacre de la Miséricorde qui nous tient lieu, et qui sera votre, défenseur inconditionnel de la Vie par toutes faces en toutes faces, par tous lieux en tous lieux, Guerriers souverains n’apportant ni tributs, ni devises, n’éclairant aucune vassalité ni parodie de pouvoirs matérialisés et sans nombre, libres Guerriers de la Vie oeuvrant pour le salut commun, pour le salut de toute l’Humanité, de tout ce qui est Vie, devenir de la Vie, gravité et perfection de la Vie, car puissance de la Vie en ses vitales appartenances, fleuve majestueux dessinant d’eaux claires et vives les frondaisons de la beauté, ce calice de la multiplicité où la multiplicité s’unit afin d’éclairer participe, chacune de ses racines épousées, dans la novation fidèle des floralies qui ne se détruisent mais, écharpes de soleil, s’élèvent vers le firmament pour glorifier l’Harmonie de tout ce qui est…


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